Le SMIC à dix euros de l’heure en 2019. Oui mais…

L’augmentation automatique du salaire minimum légal, indexée principalement sur l’inflation, va amener à une hausse d’environ 1,6% de son montant au 1er janvier 2019. Son montant horaire va dépasser la barre symbolique des 10 euros brut. Mais au fait, à quoi et à qui sert encore le SMIC dans les TPE ?

Selon la ministre du travail Muriel Pénicaud, la « revalorisation » du SMIC cette année sera « substantielle » – environ 1,6% selon les économistes, alors qu’il est de 9,88 euros bruts actuellement –  mais ne bénéficiera pas de coup de pouce supplémentaire. Voilà qui mérite quelques précisions sémantiques :

  • Le salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) est le salaire minimum en dessous duquel aucun salarié ne peut être payé en France, s’il est âgé de plus de 18 ans.
  • Il est réévalué tous les ans. On parle alors de revalorisation automatique et elle s’effectue sur la base de calculs complexes qui prennent principalement en compte la hausse du coût de la vie calculé par l’INSEE
  • Les « coups de pouce » viennent en plus, et sont censés permettre de rattraper une partie du retard accumulé par les bas salaires sur les revenus moyens des français.
  • Au total, entre 1995 et 2017, l’augmentation des prix mesurée a été de 35% environ, celle du SMIC horaire de 72% et le pouvoir d’achat des « smicards » aurait donc augmenté d’environ 27%.

Ainsi, la hausse du taux horaire du SMIC qui sera annoncée le 19 décembre ne comprend que la composante automatique et pas de « bonus » pour une amélioration du pouvoir d’achat (par rapport à l’inflation). Pour rappel, le dernier indice des prix à la construction de l’INSEE, sur laquelle est indexée l’augmentation des loyers  – 30% de la dépense des ménages les plus modestes -, a augmenté de 2,1% sur les 12 derniers mois.

Les TPE en première ligne sur les SMIC

Environ 11% des salariés du privé sont payés au SMIC (source DARES), un chiffre qui régresse légèrement et de façon continue depuis 2005. Les PME et surtout les TPE sont les principaux employeurs de salariés payés au SMIC en France (voir encadré). On constate ainsi que les plus petites entreprises emploient jusqu’à un tiers de « smicards », quand les plus grandes en comptent moins de 5% dans leurs effectifs. Il existe également une forte disparité régionale avec des salaires moyens en région parisienne 50% plus élevés que dans les régions les moins bien loties. Or c’est bien hors des grandes métropoles que se développent les TPE.

Un coût global qui a baissé pour les employeurs

Comme à chaque augmentation du SMIC, des voix s’élèvent pour remettre en cause son utilité et l’automaticité de la hausse. Un comité d’experts a même proposé fin 2017 d’en finir avec ce mécanisme, et de désormais jouer sur une modulation de la prime d’activité pour assurer la progression des revenus des salaires les plus modestes. La mesure a été repoussée… pour l’instant ?

Du côté du dirigeant de TPE, l’augmentation se traduit, sur une base de 151 heures de travail mensuelles, par une dépense supplémentaire de 24 euros bruts sur le bulletin de paie.

Rappelons tout de même ici que les baisses successives de charges sociales (gouvernement Fillon, gouvernement Valls) sur le SMIC ont considérablement réduit les charges patronales : en 2018, l’entreprise ne payait ainsi que 1588,47 euros pour un salarié au SMIC, qui touchait quant à lui 1148,96 euros net (SMIC brut à 1498,47 euros, base 35 heures).

Des solutions pour fidéliser un salarié au SMIC

Reste que le principal problème avec le SMIC réside dans le niveau relativement élevé de son montant, concernant les emplois à faible qualification. Le recours au temps partiel peut permettre à l’entreprise de limiter sa dépense mais dans ce cas, la productivité s’en ressentira. C’est finalement pour les salariés à fidéliser que les marges de manœuvre sont les plus importantes pour l’employeur. En effet, avec un collaborateur payé au SMIC mais auquel on veut témoigner l’attachement de l’entreprise à le voir rester, il n’est pas forcément besoin d’augmenter le salaire et de s’éloigner alors de ce montant symbolique qui optimise la baisse des cotisations. Il suffit parfois d’améliorer son pouvoir d’achat via des titres restaurants ou des titres cadeaux, largement défiscalisés et exonérés de charges sociales, pour les deux parties.

Les TPE principales employeurs de salariés payés au SMIC

Selon par le Think Tank Ifrap et comme en témoigne ce tableau, les très petites entreprises emploient jusqu’à un tiers de leurs effectifs en les payant au SMIC.

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